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I Feel Good  

Jacques (Jean Dujardin)


 

Jean Dujardin incarne un homme paumé aux ambitions illusoires, qui part retrouver sa soeur Monique (Yolande Moreau) qui dirige une communauté Emmaüs, dans la comédie sociale de Benoît Delépine et Gustave Kervern.



[© Texte : Cinezik] •
Jacques

Autour de ce rôle

Interview Jean Dujardin

Que connaissiez-vous de Benoît Delépine et de Gustave Kervern avant de travailler avec eux ?

Je connaissais Groland, bien sûr, et j'avais vu quelques-uns de leurs films, dont Mammuth et Le Grand Soir. C'est d'ailleurs à l'occasion de la présentation à Cannes du Grand Soir, en 2012, que je les ai rencontrés. Dès ce moment nous nous étions promis de travailler un jour ensemble... Sur le tournage d'I Feel Good, j'ai retrouvé ce que j'apprécie chez eux depuis longtemps : une liberté de ton, subversive et poétique, qui s'exprime à l'intérieur d'un cadre fermement défini. Le cinéma de Benoît et de Gustave possède le sens de l'artisanat. C'est, je crois, une qualité devenue rare aujourd'hui.

Au centre d'I Feel Good il y a ce village Emmaüs situé non loin de Pau...

La découverte du village a été merveilleuse. L'endroit lui-même, mais aussi et surtout les compagnons qui y vivent, et la personne grâce à qui ce lieu existe : Germain. La situation aurait pu ne pas être simple et pourtant elle l'a tout de suite été : le tournage s'est fait de façon très chaleureuse et en grande proximité avec les gens qui vivent là. Pendant un week-end un peu avant le tournage, j'ai pu découvrir le village, Pau, les alentours... Sans ce lieu il n'y aurait peut-être pas de film. Celui-ci, du moins, aurait été différent. Une partie importante de l'inspiration de Benoît et de Gustave vient du village : un entrepôt, une maison renversée, un wagon, tout cela donne des idées...

En quoi leur méthode vous a-t-elle paru particulière ? C'est la première fois que vous travaillez avec un duo de cinéastes...

J'ai admiré l'écoute et le respect qui existent entre eux. Ils se tiennent tous les deux derrière l'écran de contrôle. D'une certaine manière ils travaillent plus à l'oreille qu'à l'image, en tout cas quand ils ont trouvé le cadre. Ils s'écoutent et se regardent, pour être sûrs d'avoir obtenu ce qu'ils cherchent. Ils sont complémentaires. Benoît peut avoir des fulgurances, décider soudain de changer une scène parce qu'il a trouvé quelque chose qui lui paraît plus drôle et qui, souvent, l'est ! Gus, lui, est plus dans l'humain, les personnages : c'est dans les coins que ses interventions sont décisives. Benoît et Gustave, c'est connu, ne font pas de champ contrechamp. Le texte, lui, est très écrit, et il peut être assez fourni. Dans le même temps, une idée ne cesse d'en chasser une autre. Il faut donc être très disponible, savoir s'adapter en permanence. Il le faut toujours au cinéma, mais encore plus avec eux ! Ce qui est à la fois stimulant et éreintant. Pendant les quinze derniers jours du tournage, je ne dormais plus : mon cerveau était en ébullition constante, à cause de ce mélange spécial d'écriture et d'improvisation.

Dans I Feel Good vous apparaissez un peu vieilli, abîmé, différent de l'image qu'on a de vous...

C'est vrai. Et cela ne me gêne pas du tout. Au contraire. Je n'ai de toute façon aucun problème avec mon image. J'ai l'impression de la flinguer à chaque fois... J'ai besoin de ressembler au personnage, pas de me ressembler. C'est très volontiers que je me suis malmené, que je me tiens mal, me coiffe mal... J'ai pris du poids, je me suis voûté. I Feel Good est un film sur des cabossés et Jacques en fait partie, même s'il se pense très différent. Et puis il me semblait d'autant plus important de bousculer la confiance de Jacques, d'y introduire de la fragilité...

Jacques tranche-t-il selon vous avec les personnages que vous avez l'habitude d'interpréter ?

L'expérience de ce film a été particulière en raison du mélange de précision pointue et de liberté, mais le personnage, lui, ne tranche pas tant que ça avec mes habitudes. J'ai souvent joué les imbéciles lunaires qui ont l'obsession de réussir, parlent trop vite, ne réfléchissent pas et se prennent les pieds dans le tapis, tout en tenant des propos un peu transgressifs dont ils n'ont pas toujours conscience... De Brice de Nice à OSS117 et de OSS117 à Jacques, il y a un cousinage. Je me suis senti très vite à la maison. Jean-François Halin, qui a coécrit OSS, a travaillé avec Benoît aux Guignols de Canal +, et j'ai retrouvé des choses communes à l'un et à l'autre. Je garde aujourd'hui avec moi des phrases de Jacques, comme j'en garde certaines d'OSS...

Comment s'est passée la collaboration avec Yolande Moreau qui joue votre sœur, Monique ?

Je ne connaissais pas Yolande, ou à peine, même si elle tenait un rôle dans le premier film où j'ai joué, Bienvenue les rozes. Mais nous n'avions pas de scène ensemble... Yolande prend plaisir à tourner mais elle aime aussi, ensuite, retourner à sa vie. Elle se protège beaucoup de ce point de vue. Je crois que notre rencontre s'est notamment faite à cet endroit. Nous partageons tous les deux une forme de pudeur qui a facilité notre collaboration. L'un comme l'autre nous savions que le plus important, c'était le film et son aventure collective.

Comment résumeriez-vous le propos politique, humaniste d'I Feel Good ?

I Feel Good est un film qui dépasse la comédie : je le vois comme une « dramédie » au sein de laquelle la forme et le fond ne cessent de résonner. Et c'est justement ce qui m'intéresse, le double fond, quelque chose qui porte au-delà des bons mots... Pour résumer ce propos, je ne parlerais pas de l'opposition entre les deux mondes, l'ancien et le nouveau, ce serait trop caricatural... Je crois que Benoît et Gustave ont simplement voulu mettre en forme ce qui se dégage du village Emmaüs. I Feel Good est très fidèle à l'esprit du lieu. Celui-ci y apparaît comme une loupe, ou comme un rappel qui vaut pour le monde où nous vivons. Il faut bien voir qu'I Feel Good n'invente rien ! Benoît et Gustave se contentent de balancer un chien fou dans un univers qui existe, qui fonctionne très bien et qui est un modèle de vie, d'entente, de société auto-gérée... C'est quand même une chose assez admirable par les temps qui courent !

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